Est-ce le bon moment pour investir ?

La crise du coronavirus a fait plonger le cours des actions de façon spectaculaire. Entre inquiétude et espoir, les marchés guettent l’heure du rebond.

La volatilité est devenue extrême sur les marchés boursiers, en proie à l’inquiétude face à la propagation du Covid-19 et à ses conséquencessur l’économie mondiale. D’autant que la chute des cours du pétrole et la guerre des prix lancée par l’Arabie saoudite constituent un nouveau facteur de stress. En forte hausse l’année dernière, le CAC 40, indice phare de la Bourse de Paris, a rejoint lundi 9 mars son plus bas niveau depuis janvier 2019. Faut-il saisir cette opportunité pour acheter des actions, dont le prix était devenu très élevé avant la crise sanitaire et qui, désormais, se négocient à prix soldés ; investir au son du canon, comme dit le célèbre adage boursier, pour profiter pleinement d’un futur rebond?

Les avis des économistes et des banquiers divergent: si certains considèrent que le moment est venu de se positionner progressivement sur les actions, d’autres invitent à davantage de prudence, estimant que les mauvaises nouvelles sont encore devant nous et que de nombreuses incertitudes demeurent en dépit des efforts de soutien déployés par les autorités monétaires. «La configuration des indices actions de ces deux dernières semaines ressemble à s’y méprendre aux précédents épisodes de krachs et le risque d’une poursuite dans cette direction est indiscutablement élevé à en juger par les valorisations en présence, explique l’économiste indépendante Véronique Riches-Flores (ancienne chef économiste chez Société Générale Corporate & Investment Banking). Le maintien d’une volatilité hors norme d’ici à ce que le pic de l’épidémie soit passé semble aujourd’hui le scénario le plus vraisemblable.»

«La chute des marchés financiers résulte d’un choc externe et transitoire: l’épidémie de coronavirus. Elle n’est pas liée à une problématique endogène au système économique. Une fois la crise sanitaire surmontée, les tendances naturelles d’offre et de demande reprendront le dessus, faisant oublier les perturbations actuelles. La propagation du virus n’est pas une fatalité.

Les exemples de la Chine et de la Corée du Sud montrent que des mesures adaptées peuvent contribuer à la contenir. Les autorités monétaires et fiscales sont déterminées à limiter les répercussions de la crise et à soutenir l’économie. Malgré la volatilité, les actions restent un actif de choix pour valoriser son épargne à long terme. Bien que la croissance économique soit désormais plus faible que celle affichée lors des dernières décennies, les marchés actions continueront d’offrir des rendements intéressants.»

CONTRE

(Avec Véronique Riches-Flores, économiste indépendante, fondatrice de RichesFlores Research)

«Les marchés ne reprendront pas confiance tant que le pic de l’épidémie ne sera pas passé. On va avoir dans les semaines à venir une escalade de mauvaises nouvelles liées au développement du coronavirus aux États-Unis et aux premiers retours sur les conséquences économiques, au niveau mondial, de la crise sanitaire.

Le choc d’offre provoqué par la paralysie de l’industrie chinoise est en train de se mouvoir en un choc de demande mondiale. Des contrecoups sur l’emploi seront inévitables. Le scénario d’une reprise en V de la croissance est fortement fragilisé.

La dette mondiale s’est fortement accrue ces dernières années, notamment au niveau des entreprises. Face au risque d’activité qui les menace aujourd’hui, beaucoup sont fragiles. D’où le risque d’une crise financière peut-être aussi grave qu’en 2008.»
source : le figaro éco